STEPHANIE GIBAUD – SWISS BANKING WHISTLEBLOWER


STEPHANIE GIBAUD

Stéphanie Gibaud: «C’est un réflexe de survie qui m’a poussée»

http://www.liberation.fr/societe/2015/03/05/stephanie-gibaud-c-est-un-reflexe-de-survie-qui-m-a-poussee_1214760

 

Elle mitraille, a peu de temps et veut tout dire. Raconter comment la banque UBS l’a «harcelée et la harcèle», comment elle s’est sentie «trompée et salie». Elle doit vite raccrocher pour retrouver Bradley Birkenfeld, le premier lanceur d’alerte d’UBS. Celui qui a tout déclenché. En 2007, il révèle les mécanismes d’évasion fiscale mis en place par la banque aux Etats-Unis. Le scandale éclate. Stéphanie Gibaud, alors responsable du marketing événementiel chez UBS France, comprend que «quelque chose ne va pas». Ses fonctions consistent alors à organiser des événements propices à la mise en relation entre les chargés d’affaires suisses et les riches clients de la banque en France.

Les doutes font place aux soupçons le 25 juin 2008. Ce jour-là, une perquisition est menée dans les locaux d’UBS France. Sa supérieure lui intime de supprimer tous les documents en sa possession. Elle s’en étonne, demande conseil à des amis juristes, qui lui recommandent d’exiger un ordre écrit. La direction comprend que Stéphanie Gibaud est réfractaire. Les relations s’enveniment. Les courriers qu’elle adresse aux dirigeants n’y changent rien. Des collaborateurs, notamment des chargés d’affaire, se confient à elle. Beaucoup seront licenciés dans un plan social en 2009, auquel elle échappera grâce à l’inspection du travail, qu’elle a saisie. Elle dépose plainte contre UBS dans la foulée.

Suivent quatre ans de «harcèlement, de mise au placard» : des brimades (interdiction d’envoyer des mails) aux procédures judiciaires (la banque dépose plainte pour diffamation en 2010 et tente à nouveau de la licencier en 2012). Cette fois, elle s’en va. Elle informe des médias et collabore avec les autorités françaises. Raconte son histoire dans un livre (1). Aujourd’hui, elle invoque «un réflexe de survie [qui l’]a poussée à tirer un fil». UBS, qui rappelle à l’envi qu’elle est une «menteuse», a été mise en examen par la justice française, et a dû verser une caution de 1,1 milliard d’euros. Stéphanie Gibaud n’a retrouvé de poste ni dans le privé – «je fais peur» – ni dans le public – «l’Etat ne nous reconnaît pas». Elle se consacre désormais aux lanceurs d’alerte. P. A.

Comments are closed.